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17 novembre : récit d’une gigantesque défiance des gilets jaunes envers les médias (Sat, 17 Nov 2018)
Première manifestation de gilets jaunes à Nice le 15 novembre 2018. Certains d’entre eux acceptent de témoigner. Pourtant, au sein des gilets jaunes, c’est surtout une méfiance absolue qui ressort à l’encontre des médias. “Marianne” n’y a pas échappé. Récit d’un fossé béant entre ces citoyens à bout de nerf et une presse qui, selon eux, ne peut plus les comprendre. Priscillia Ludosky, l’instigatrice de la pétition contre la hausse du prix des carburants, est agacée. Pour un entretien vidéo dans les locaux de Marianne, nous lui proposons de porter le gilet jaune, symbole apparent de la journée de blocage du 17 novembre. Elle refuse, en fustigeant la mise en scène médiatique. « Les médias n’ont toujours pas vraiment saisi l’objectif de la manifestation de samedi. Le gilet jaune, c’est en rapport avec la voiture et les carburants, mais nous ne sortons pas dans la rue uniquement pour ça », souligne-t-elle… même si elle portera bien un gilet jaune ce samedi. Nous qui suivons le mouvement de près depuis des semaines, nous ne saisissons alors pas bien ce qu’il y a de “mal” dans notre démarche. Cette méfiance, cette sensation que “les médias” résument mal leur combat ou les caricaturent, quand ils ne les méprisent pas, nous l’avons énormément rencontrée chez ces révoltés dans le cadre de nos articles sur le mouvement du 17 novembre. Spontanée, incroyablement vive grâce aux réseaux sociaux, l’action des gilets jaunes a échappé à tout parti politique, et ce malgré les tentatives de récupération. Au fil des rencontres, une forte défiance envers le monde politique est apparue, bien résumée par une formule de Jacline Mouraud, devenue le visage de leur colère : « Je ne suis pas une politicienne qui vit avec l’argent des Français.» Défiance envers les politiques donc, mais aussi à l’égard des syndicats et… de la presse. Des médias qui entendent mais n’écoutent pas Depuis l’annonce de la journée de blocage, les appels à témoin des rédactions fleurissent sur les groupes Facebook créés pour l’occasion : « Blocage du 17 novembre », « Gilet Jaune » ou encore « La France en colère ». Les journalistes cherchent « des gilets jaunes désireux de témoigner leur mécontentement à l’égard du gouvernement sur la hausse du prix des carburants ». Heureux d’être entendus, beaucoup d’indignés supportent pourtant mal d’être ainsi apostrophés. Les insultes fusent souvent. « [Allez vous] faire journalistes de merde qui ne savent relater que de la merde pour vendre leur torche cul! Ils sautent sur n’importe quel fait divers pourvu que ça leur fasse vendre leur merde! », répond l’un à une demande de France Culture. « Sans moi, ils savent trop bien manipuler les gens et tronquer leurs reportages », rétorque un autre à une demande de Marianne. Ces indignés sont irrités, agacés, exaspérés. Ils reprochent aux journalistes d’être méprisants et de cristalliser le débat autour des mauvaises revendications. « Utilisez les bons mots s’il-vous-plaît : c'est un blocage du pays contre l'oligarchie en place ! C'est fini l'histoire du carburant ! Informez-vous et arrêtez de relayer la propagande des grands médias ! », signe une internaute. Lire aussi[Edito] Les "pue-le-diesel" face au docte mépris En réalité, “le carburant est LA taxe de trop”, tentent d’expliquer de nombreux citoyens sur les réseaux. Nous, journalistes, les entendons mais les écoutons mal. « Je ne sais pas si vous écrivez sur le ”carburant” comme font tous les autres, ce message pour vous informer que le mouvement ce n'est pas que l'augmentation des taxes sur le carburant. Ça c'est juste la goutte d'eau qui fait déborder le vase », écrit à Marianne un internaute sur la messagerie de Facebook. Selon certains gilets jaunes, les journalistes auraient « surmédiatisé » la hausse du prix des carburants alors que le débat a déjà évolué vers la baisse généralisée du pouvoir d’achat à cause d’une surcharge de taxes pour les ménages, et en particulier les plus modestes. Une façon en quelque sorte de voir leur combat par le petit bout de la lorgnette. Lire aussiDu Moyen Age aux "gilets jaunes", quand les hausses de taxes déclenchent des révolutions Fossé béant Étrangement, le sort médiatique réservé à Jacline Mouraud, la femme au coup de gueule à 6 millions de vues, ne permet pas de rétablir ce lien. Contrairement à beaucoup de gilets jaunes, si méfiants qu’ils refusent d’apparaître dans la presse, la quinquagénaire s’est largement prêtée au jeu médiatique. Invitée de toute part (BFMTV, France 5, CNEWS, RMC, LCI….), son initiative a été très positivement relayée par ces médias. Pourtant, les internautes ont rapidement eu le sentiment qu’elle était moquée. “C'est nul Marianne, vous la faites passer pour une allumée et délégitimez complètement son coup de gueule, a-t-on ainsi pu lire dans les commentaires sous notre propre papier. Chacun réfléchira à deux fois avant de publier un coup de gueule à présent, de crainte que les médias appuyés par des députés LREM viennent décrédibiliser nos personnes”. Échaudés, soupçonneux… Ces dernières semaines ont mis en lumière l’énorme fossé qui pouvait s’être creusé avec bon nombre de citoyens. « Il faut voir les modalités de l’interview. Si c’est en différé ça risque d’être compliqué pour moi parce que l’on sait ce que ça donne… Si ce n’est pas du direct, je ne suis pas intéressé », nous a par exemple répondu un gilet jaune qui, au contraire, obtient une large audience en publiant directement sur les groupes Facebook du 17 novembre. Sans presse donc sans filtre, sans question, sans montage, sans regard non plus sur leurs colères. Et avec le sentiment de pouvoir, enfin, s’exprimer comme ils l’entendent. Lire aussiElysée, raffineries, aéroports… le plan des gilets jaunes pour faire plier Macron
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Grand contournement de Strasbourg : l’alliance des écolos et des protestants contre la nouvelle autoroute de Vinci (Fri, 16 Nov 2018)
Le préfet de région a autorisé une filiale de Vinci à commencer les travaux de construction d'un nouveau tronçon de 24 kilomètres d'autoroute. Un projet très contesté. En Alsace, le préfet de région a autorisé le commencement des travaux d'un nouveau tronçon de 24 kilomètres d'autoroute par une filiale de Vinci. Un projet qui récolte une large opposition, des militants écolos aux ministres des cultes protestants. Au point de se lancer dans une grève de la faim contre le "grand contournement ouest" (GOC). David contre Goliath à l'alsacienne. Une référence biblique qui devrait d'autant moins déplaire aux opposants à la construction, par une filiale du géant Vinci, de 24 nouveaux kilomètres d'autoroute à l'ouest de Strasbourg, qu'ils ont reçu le soutien inattendu… de l'église protestante. Depuis le 22 octobre, des militants écologistes anti-GCO (pour "grand contournement ouest" de l'A35) ont ainsi entamé à Bischheim une grève de la faim, abritée à l’église protestante Saint-Michel. Après quatre semaines d'une épreuve pour les corps et les esprits, cinq grévistes y restent aujourd'hui, sur les dix de départ. Un choix extrême qui s'explique par le "mépris" et "l'intransigeance" de l'État, pointe Daniel Reininger, président de l'association Alsace Nature : "La préfecture a choisi le passage en force plutôt que la discussion. Aujourd'hui, on pourrait même dire qu'on ne se bat plus sur le fond mais sur la forme, sur le déni de démocratie, le déni de justice, le déni écologique des autorités". Et de rappeler qu'une récente commission d'enquête a rendu un avis défavorable au projet - qui date de 1974 et a été relancé ces dernières années -, dont le tracé doit conduire à la disparition de plusieurs forêts, terres agricoles et réserves biologiques. La ZAD de Kolbsheim évacuée manu militari La commission a effectivement relevé le risque "d’une augmentation des niveaux de pollution atmosphérique", "des impacts (…) sur la consommation des espaces agricoles" et "des atteintes aux espèces (…) protégées", rapporte le Monde. Sans pour autant faire trembler la main de l'État. Le 31 août, le préfet Jean-Luc Marx signait ainsi deux arrêtés autorisant le commencement des travaux avant de lancer, le 10 septembre, l'évacuation des manifestants de la "zone à défendre" (ZAD) du Moulin, dans la forêt de Kolbsheim, située à une quinzaine de kilomètres de Strasbourg. Rachel Khun, l'une des grévistes de la faim de l’église Saint-Michel et qui était présente ce jour-là, raconte : "On a subi une violence inouïe lors de cette évacuation. On devait être 200 sur la route pour faire barrage pacifiquement. Les gendarmes ont gazé la moitié du village d'à côté ! Pour la plupart d'entre nous, c'était la première fois qu'on était confronté à une situation comme celle-là". La députée européenne écolo Karima Delli a également dénoncé l'utilisation abondante des bombes lacrymogènes. #GCO Karima DELLI après une agression en plein visage par des gaz poivres. Cette violence est inacceptable. pic.twitter.com/w8dteZpZOa — José Bové (@josebove) September 10, 2018 Pour le président d'Alsace Nature, "on a bafoué tous les instances qui se sont prononcées. Le Préfet s'est réfugié derrière un avis du Conseil départemental de l'environnement et des risques technologiques du Bas-Rhin (Coderst), qui a donné son feu vert fin août. Sauf que l'Etat est majoritaire dans cette commission, qui n'est qu'une simple chambre d'enregistrement". Un empressement du préfet que Daniel Reininger explique par une volonté de "rendre irréversible la construction du GCO". Car les arrêtés pris par la préfecture pourraient être frappés de nullité. C'est en tout cas l'espoir des opposants qui ont formé un recours devant le tribunal administratif pour les faire annuler. Une hantise, tant chez le préfet que pour Vinci. Comme l'avait révélé Marianne, la filiale du grand bétonneur avait déjà tenté de réduire les opposants au silence, en essayant d'imposer un protocole d'accord à la mairie de Vendenheim pour mettre en coupe réglée ses pouvoirs réglementaires. Lire aussiComment Vinci tente d'éviter une ZAD face à son Grand contournement ouest de Strasbourg C'est après l'évacuation de la ZAD que l'idée "d'un acte symbolique fort" fait son chemin chez les opposants. Reste à trouver un lieu. "Ça fait un moment que des pasteurs affichaient leur soutien à notre mouvement, il y en a même qui étaient venus sur la ZAD. Au moment des discussions pour chercher des locaux, ils nous ont proposé cette solution de l'église Saint-Michel", se souvient Rachel Khun, gréviste de la faim qui, après quatre semaines, a déjà perdu 9 kilos, "soit plus ou moins 14% de mon poids de départ". Une alliance qui aurait été étonnante partout en France mais, régime concordataire oblige, l'Alsace-Moselle fait bande à part en termes de laïcité. Rachel Khun, militante écologiste de toujours, assume d'ailleurs sa foi protestante : "Le protestantisme et l'écologie ont toujours été liés chez moi, et le pasteur qui m'a baptisée est aussi un des fondateurs de l'association Alsace nature". Des "Pasteur.e.s" solidaires des zadistes Dans un communiqué publié le 22 octobre, une cinquantaine de "pasteur.e.s de l'Union des Eglises Protestantes d’Alsace et de Lorraine" ont donc annoncé leur solidarité aux opposants au GCO et leur engagement "dans une chaîne de jeûne de solidarité avec les grévistes de la faim : tant que durera leur action, il y aura chaque jour un pasteur qui jeûnera avec les grévistes". Sarah Sarg, pasteure depuis sept ans, explique que depuis quelques années, l'église protestante est "très sensible aux questions climatiques, de justice climatique". Le 10 septembre, l'église protestante du village adjacent à la ZAD avait même fait sonner ses cloches en guise de soutien aux militants expulsés. Et lorsqu'il a fallu trouver un lieu pour accueillir les grévistes de la faim, les curés protestants n'ont pas trop réfléchi : "On a décidé à l'unanimité de leur proposer l'église Saint-Michel". Une décision logique pour la pasteure, tout autant au regard de "l'accord sur le combat mené que sur le principe de droit d'asile qui est très important". Ecolos et ouailles protestantes se sont même rassemblés lors d'un grand événement organisé à l'Eglise Saint-Michel "sur le mode de Martin Luther King, pour délivrer un message humaniste. Mais pas du tout dans un esprit évangélique. D'ailleurs, les grévistes ont également pris la parole, l'un de sensibilité bouddhiste, l'autre plutôt tendance anticléricale", s'amuse-t-elle dans un éclat de rires. Un large soutien contre le projet d'autoroute à l'ouest de Strasbourg qui, veut-elle croire, portera ses fruits : "En tant que pasteur, on se doit d'avoir toujours de l'espoir"…
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Sport à Paris : les élus écolos demandent des créneaux réservés aux femmes (Fri, 16 Nov 2018)
Jacques Boutault, maire EELV du 2e arrondissement de Paris, a soutenu la non-mixité dans les équipements sportifs publics. A l'occasion d'un vœu formulé au conseil de novembre de la Ville de Paris, les conseillers du groupe écologiste ont réclamé "la création de créneaux non-mixtes pour permettre aux femmes qui en auraient besoin de reprendre confiance" dans les installations se sport. But affiché : lutter contre les inégalités de genre. "Un vœu scandaleux". Sur Twitter, Marie-Claire Carrère-Géé, cheffe de file de l'opposition de droite au Conseil de la Ville pour le 14e arrondissement de Paris, exprime son émotion. En cause, une proposition déposée par plusieurs membres du Groupe écologiste de Paris (GEP), les élus Europe-Ecologie Les Verts (EELV) de la capitale, visant à faire adopter par la ville des créneaux réservés aux femmes dans les installations sportives, comme les piscines ou les gymnases, afin de permettre à celles "qui en auraient besoin de reprendre confiance". La non-mixité comme argument féministe Cette volonté d'instaurer la non-mixité dans le sport parisien s'ancre dans un argumentaire destiné à permettre une "véritable égalité d'accès au sport". Dans leur vœu, les écologistes - dont les élus Jacques Boutault, Fatoumata Koné, David Belliard ou Joëlle Morel - dressent le constat de discriminations et stéréotypes profondément ancrés dans l'univers sportif. "La pratique sportive des femmes est encore aujourd’hui, conditionnée à la place des femmes dans la société et notamment au sein du foyer", regrettent les écolos, qui fournissent une palanquée d'études destinées à illustrer leur thèse : "75% des femmes disent avoir dû réduire ou suspendre leurs activités sportives, le plus souvent entre 26 et 45 ans, pour des raisons d’abord familiales (41,2% des cas), mais aussi professionnelles (18,5%)" ; "Les femmes ne représentent qu’un tiers des licenciés, moins de 40% des sportifs de haut niveau 'aidés'" ; "26% des femmes ont été victimes de gestes ou de propos sexistes dans le cadre de leur pratique sportive et les étudiantes disent être 52% à avoir été harcelées durant leurs pratiques sportives". Outre cette avalanche de chiffres, on trouve des arguments divers qui mêlent "la sous-représentation chronique [des femmes] dans les postes d’encadrement ou les postes décisionnaires", le fait que les filles choisissent en priorité des activités réclamant "grâce, souplesse, agilité" ou encore "les nombreux commentaires à caractère sexiste de la part des commentateurs, des joueurs ou encore des organes de presse lors de chaque grandes compétitions sportives"... Lire aussiUn service de VTC réservé aux femmes ? "Illégal", analyse un avocat du travail En conclusion, les conseillers EELV de la Ville de Paris, qui avaient déjà proposé il y a un an de rebaptiser les journées du patrimoine en "journées du matrimoine", avancent plusieurs mesures : la fin de "toute collaboration avec les organismes sportifs (média, association sportive, événement international, etc.) refusant de mettre en place des actions permettant de respecter la stricte égalité femme-homme ", une formation des agents pour les sensibiliser à l'égalité femme-homme, mais aussi des "solutions innovantes pour favoriser la pratique du sport féminin à Paris". Parmi celles-ci, donc, la fameuse "création de créneaux non-mixtes pour permettre aux femmes qui en auraient besoin de reprendre confiance", ou le soutien aux "associations proposant ce type d'initiative". Au Conseil de #Paris le groupe Écologiste #EELV demande dans un vœu scandaleux que la Mairie de Paris institue des créneaux non mixtes dans les équipements sportifs et que la Ville soutienne des assoc defendant la non mixité. Je demande le rejet unanime de ce vœu @Anne_Hidalgo — Marie-Claire Carrere-Gee #Paris (@MCCG) November 15, 2018 "Une mixité dans l'espace public" D'après Marie-Claire Carrère Géé, cette proposition aurait déclenché un tollé au sein du conseil municipal, qui aurait porté ses fruits, le groupe écolo ayant finalement "retiré le vœu sous la pression" au moment du vote. Les initiatives de non-mixité dans le sport existent déjà : il existe près de 400 salles privées réservées aux femmes, évitant notamment à la gent féminine de se confronter à la drague parfois lourdingue de ces messieurs. Dans le domaine public, les créneaux non-mixtes sont beaucoup plus rares. Le vœu des écologistes mentionne deux municipalité, Belfort (Territoire de Belfort) et Louvroil (Nord), ayant pris de telles mesures. L'an dernier, le projet de réserver certaines heures d'ouverture aux femmes à la piscine L'Emeraude avait déclenché une polémique. Il faut dire que la pratique du sport en non-mixité, si elle peut répondre à des idéaux féministes, est également une revendication constante… des salafistes. Un parc aquatique privé des Bouches-du-Rhône avait ainsi proposé en 2016 une journée réservée aux femmes et aux enfants, répondant à la demande d'une association musulmane qui préconisait de respecter la "pudeur" et de venir à la piscine en burkini ou en jilbeb de bain. Cette manifestation avait finalement été annulée par un arrêté municipal du maire divers gauche des Pennes-Mirabeau. Plusieurs élus de la ville de Paris ont ainsi pointé les risques de communautarisme induits par la proposition des écologistes. Ironie de l'histoire : dans son tweet de présentation de ses mesures pour l'égalité, le groupe écolo parisien présente son projet comme devant permettre... "une mixité dans l'espace public". Deuxième jour du #ConseildeParis de #novembre, à l'ordre du jour le débat sur l’égalité femmes hommes à Paris ♀️=♂️ Les 5 propositions du groupe @ecoloParis@GenreetVille @FeminismeEELV pic.twitter.com/3hjgI3SXyk — Groupe écolo Paris (@ecoloParis) November 15, 2018 Lire aussiL'interdiction des voitures polluantes à Paris étrangle les plus pauvres : la preuve en une image
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Tchekhov à la sauce Benedetti, ça déménage (Fri, 16 Nov 2018)
Spécialiste de Tchekhov, Christian Benedetti met en scène « Ivanov », au Théâtre Athénée, l’histoire d’un homme ordinaire dans un monde qui ne l’est pas. Christian Benedetti prône de longue date ce qu’il appelle la « radicalité dramaturgique ». Pour lui, l’essentiel, c’est le jeu des acteurs, la puissance des personnages qu’ils incarnent, l’intensité de leur interprétation. Pas question de s’embarrasser des outils technologiques qui fleurissent sur nombre de scènes contemporaines. On peut à nouveau le vérifier avec Ivanov, de Tchékhov, qu’il signe à L’Athénée, là où il a déjà brillé par le passé avec d’autres pièces du maître russe. Ivanov, c’est Tchekhov avant Tchekhov. Quand il publie cette oeuvre, en 1887, il n’a que 27 ans. Mais on retrouve déjà tous les thèmes qui fleuriront dans ses œuvres de maturité, notamment cette approche désabusée d’un monde finissant où chacun cherche à trouver sa place au prix de compromissions morales diverses et variées. Anton Tchekhov disait de cette pièce : « Des Ivanov, il y en a des milliers…Un homme des plus ordinaires, pas du tout un héros…Et c’est précisément ce qui est difficile ». Le susnommé (Vincent Ozanon) est un propriétaire terrien qui a perdu se sa superbe financière et qui a du mal à s’en remettre. Alceste des steppes, il ne croit plus à rien, si ce n’est à trouver les fonds qui lui manquent. Il n’aime plus sa femme, malade de la tuberculose, qu’il laisse mourir sans trop d’état d’âme. Au médecin qui essaie de le remettre sur le chemin du respect élémentaire pour autrui, il réplique par un pragmatisme empreint de cynisme. Ce n’est pas qu’il en veuille à son épouse, non, mais il ne pense qu’à ses problèmes d’argent. Son cœur est aussi fermé qu’un portefeuille vide. Du coup, il se laissera séduire par Sacha, une jeune fille dont il n’est pas forcément amoureux mais qu’il croit riche, ceci compensant cela à ses yeux. Toute la pièce est à l’avenant. A l’exception du médecin, prêt à soigner les âmes et les coeurs, les personnages avalent les principes éthiques comme les verres de vodka. Ce sont des gens petits, mesquins, âpres au gain, sans ambition. Le jeu est rapide, à la manière Benedetti, qui aime à enlever la graisse pour ne laisser que le muscle. Dans la nouvelle traduction, il n’y a aucun faux fuyant destiné à amadouer les formules choc. L’antisémitisme de l’époque est étalé au vu et au su de tous, parce qu’il faut regarder la réalité de l’époque en face. Le rythme passe aussi par des moments où les acteurs se figent sur place durant quelques secondes, muets, soudain transformés en statues. Les changements de décors sont assurés par les artistes, comme s’ils faisaient partie intégrante de ce spectacle qui est une plongée dans un monde de morts vivants qui ne savent ni d’où ils viennent ni où ils vont. * Ivanov, de Tchekhov, mise en scène Christian Benedetti. Théâtre Athénée, à Paris, jusqu’au 1erdécembre
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L'interdiction des voitures polluantes à Paris étrangle les plus pauvres : la preuve en une image (Fri, 16 Nov 2018)
A partir de juillet 2019, les voitures arborant une vignette noire ne pourront plus circuler dans les communes du Grand Paris entourées par l'A86. Sauf que les données que nous nous sommes procurées montrent que ces "Crit’Air 5" se trouvent principalement… dans les communes les moins riches ! Le Conseil métropolitain du Grand Paris a tranché ce lundi 12 novembre. A l’instar de Paris, les 78 autres communes qui se trouvent à l'intérieur de l’enveloppe formée par l'autoroute A86 ont opté pour la mise en place d’une "Zone à faibles émissions" (ZFE). Concrètement, à partir de juillet 2019, les véhicules portant la vignette noire, "Crit’Air 5", ne pourront plus y circuler. C’est-à-dire les automobiles et véhicules utilitaire légers immatriculés avant 1997 pour les versions essences, et entre janvier 1997 et le 31 décembre 2000 pour les versions diesels. Selon les données recueillies par Marianne, cela concerne près de 238.740 véhicules sur les 3 millions qui se trouvent sur ce territoire. Sans compter les autres usagers de la route qui résident au-delà de ce second périphérique qu’est l’A86. L’interdiction touche ainsi un peu moins d’1 véhicule sur 13, soit 7,85%. Les vieilles voitures concentrées chez les pauvres Mais cette moyenne écrase de fortes disparités… Avec 2.837 véhicules classés "Crit’Air 5", Bagnolet (Seine-Saint-Denis) affiche ainsi un taux de 16,1%, soit plus de deux fois la moyenne, quand au contraire la coquette ville d’Avray (Hauts-de-Seine) plafonne à 2,5%. Traduction : le parc de vieilles bagnoles est concentré dans les villes les moins riches. Logique. Pour vérifier cette hypothèse, nous avons donc réalisé une autre carte, avec cette fois le critère du taux de ménages vivant sous le seuil de pauvreté. Et comme chacun peut l’observer, ces cartes sont sensiblement proches. Ce que confirment les tests statistiques que nous avons réalisés. Cliquez sur l'image pour l'agrandir Conclusion, l’interdiction de circulation décidée par le Grand Paris touchera davantage les conducteurs résidents dans des communes où le taux de pauvreté est élevé. >> Une troisième carte permet de voir sur une même planche la corrélation entre le taux de pauvreté des communes et l’ampleur du parc qui sera concerné par différentes interdictions (selon Crit'Air 3, 4 et 5) : https://moderationmarianne.imgur.com/all/?third_party=1 Sources : INSEE DGI pour le taux de pauvreté / Ministère de la Transition écologique, pour Crit’Air. Cliquez sur l'image pour l'agrandir. >> Commune par commune, le nombre de véhicules touchés par des interdictions de circulation en Ile-de-France (Crit'Air 4 et 5 ) : Lire aussiPass Navigo gratuit : Anne Hidalgo ébauche une promesse… qu'elle ne pourra pas tenir sans Valérie Pécresse
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